19.08.2009

les marches militaires: caractères généraux, p.561-, s.r.

LES MARCHES MILITAIRES D'ENTRE-SAMBRE-ET-MEUSE

 

1. CARACTERES GENERAUX

 

La marche proprement dite consiste en un défilé d'une ou de plusieurs compagnies de soldats improvisés de la localité même ou des environs.

Les Marches Militaires accompagnent toujours une manifestation reli­gieuse, procession de reliques ou de statues de saints.

Comme elles accompagnent la procession de la paroisse, les marches se font souvent à l'occasion de la fête de la dédicace.  Elles sor­tent chaque année entre mai et septembre.

L'aire d'extension de ces marches est l'Entre-Sambre-et-Meuse; cepen­dant, l'une ou l'autre se déroule dans la région de Charleroi et de Gosselies.

 

2. DESCRIPTION ACTUELLE DES MANIFESTATIONS

Les divers lieux de la manifestation.

Les marches parcourant les villages qui les ont vu naître.  Parfois, elles sont de véritables périples à travers les campagnes environnan­tes et traversent plusieurs villages.

Dans presque tous les cas, elles passent devant la maison communale. On y prononce des discours de circonstance et on y décerne des mé­dailles à ceux qui ont marché un grand nombre de fois.

Généralement, le lendemain de la marche, les participants se rendent devant les maisons des notables de la localité, y tirent des salves et y rendent les honneurs.

Les marches, manifestation populaire, s'accompagnent de réjouissan­ces dans les cafés, compléments inévitables, souvent presque insti­tutionnalisés, de la manifestation. Les officiers y payent des tournées .

 

Les acteurs.

 

L'Association des Marches Folkloriques de l'Entre-Sambre-et-Meuse regroupe une série de localités où l'on "marche" (une quarantaine à ce jour). On a calculé que l'armée des marcheurs ainsi concernés regrouperait à peu près 5.000 personnes.  Ils ne sont évidemment ja­mais tous réunis : ils peuvent être 75, parfois un millier.

Généralement les marcheurs sont groupés en compagnies composées elles-mêmes de plusieurs pelotons bien distincts.

- Les sapeurs précèdent toutes les compagnies.  Commandés par un ser­gent-sapeur, appelé aussi Maisse-Sapeur, ils rappellent que les com­pagnies militaires, dans la première moitié du XIXe siècle, étaient toujours précédées d'une douzaine de sapeurs munis de haches ou de bêches, outils utilisés pour faciliter la marche de l'infanterie. Aujourd'hui les sapeurs sont armés d'une hache en bois, d'une bêche ou d'une scie.

- A la suite des sapeurs viennent les tambours.  Dans une clique, il y en a au minimum trois : la société de musique les suit directe­ment.  Le tambour-major ouvre la marche mais le véritable chef des tambours c'est le fifre; les airs de fifre se transmettent d'une génération à l'autre.

- Les tireurs, avec un ou deux majors à cheval, comprennent des grena­diers, des zouaves et des voltigeurs.

- Le Corps d'Office est l'ensemble des officiers désignés pour une compagnie.  Généralement on devient officier par tradition. Ou par enchères; on dit alors que les fonctions d'officier sont "passées" au plus offrant.

Les marcheurs proviennent de toutes les classes de la société.  Ils marchent parfois depuis leur tout jeune âge et souvent le plus long­temps qu'ils le peuvent.  Certains ont ainsi plus de quarante marches a leur actif.

Les opinions politiques et religieuses ne créent pas de différences entre les hommes le jour de la marche.  Comme l'affirme Félix ROUSSEAU, "on voit des anticléricaux notoires qui toute l'année déblatèrent con­tre la religion et ses ministres et qui, pour rien au monde, ne vou­draient manquer la marche de leur village, où, avec un sérieux imper­turbable, ils présentent les armes au curé, tirent des coups de fusil en l'honneur des saints...".

 

Le déroulement traditionnel des marches.

 

Une marche peut entraîner des manifestations pendant trois jours con­sécutifs. Elle a toujours lieu un dimanche mais le samedi et le lun­di sont parfois bien occupés.

Il arrive qu'on fasse le rappel solennel des .troupes dès le samedi. Quoi qu'il en soit, le dimanche, souvent très tôt le matin, les tam­bours passent dans les différentes rues de la localité pour battre le rappel des compagnies.  Celles-ci, ou leurs corps d'office, s'assem­blent dans le courant de l'avant-midi pour assister à la messe (par­fois une messe militaire). Le même jour, à des moments différents, les autorités civiles de la commune se joignent à la manifestation soit par une réception à la maison communale, soit par des discours, soit encore par des remises de médailles.

Parfois, au coeur de la marche, interviennent des épisodes plus par­ticuliers, comme c'est le cas à Walcourt, avec l'épisode du Jardinet, ou à Fosses.

Il arrive souvent, à un moment ou l'autre, sur une place, dans un parc ou sur un champ, qu'on forme le bataillon carré.  C'est l'occa­sion d'une salve générale qui, le plus souvent, termine les festivi­tés officielles.

Le lundi,.les marcheurs reprennent leur costume et vont rendre visi­te aux divers notables de la localité.  C'est l'occasion de nouvelles salves.

 

3. HISTORIQUE DES MARCHES.

Le problême le plus discuté au sujet des marches est sans doute celui des origines.  On a prétendu qu'elles remontaient au Moyen-Age. M. ROLAND les fait naître des escortes militaires qui figuraient dans les cérémonies religieuses au bas Moyen-Age.  Ces escortes avaient pour but de rehausser l'éclat des manifestations religieuses.

Selon F. ROUSSEAU, les cortèges mi-religieux, mi-guerriers que cons­tituent les marches sont une conséquence de l'organisation militaire des campagnes au XVIle siècle.  L'Entre-Sambre-et-Meuse particulière­ment exposé à ce moment aux actions des pillards, des vagabonds et autres aventuriers, fut le foyer de petites milices locales sponta­nées.  Ces milices faisaient la chasse aux brigands et reçurent tout naturellement dans leurs attributions de protéger les processions de reliques et leurs précieux reliquaires, lors des trajets à travers les campagnes.  Lorsque revinrent des temps meilleurs, ces milices n'eurent plus qu'un rôle symbolique.

Pour J. VANDEREUSE, ces marches remonteraient au XVIe siècle.

A. de MARNEFFE voit l'origine des marches à l'époque où les proces­sions étaient plus théâtrales qu'aujourd'hui : des scènes de la bible y étaient représentées; la présence de soldats était dès lors toute naturelle.

Quoi qu'il en soit des origines, il semble certain que dès le XVIIIe siècle, dans l'Entre-Sambre-et-Meuse, les compagnies militaires avaient un rôle essentiellement décoratif dans les processions.

C'est au XIXe siècle que les compagnies ont réellement pris l'aspect qu'elles conservent aujourd'hui.  La plupart des compagnies actuelles se sont inspirées de l'uniforme, des armées de Napoléon.  On a donné plusieurs raisons à cela.  Il y a le prestige de ces armées qui ont impressionné toute l'Europe au début du XIXe siècle.  Dans l'Entre-Sambre-et-Meuse, les armées napoléoniennes auraient abandonné les uniformes après la défaite de Waterloo. A Givet, exista pendant longtemps, un important dépôt de costumes de cette époque et c'est un fait assuré que certaines marches traditionnelles trouvèrent là-bas de quoi habiller de façon prestigieuse leurs marcheurs.

C'est sur cette fresque napoléonienne que les marches militaires, naissantes ou renaissantes en cette première moitié du XIXe siècle, ont pris modèle.

Au détmt de ce siècle, elles connaissent un moment creux.  Les abus se font fréquents.  Les costumes dégénèrent et se mélangent.  Les processions perdent leur prestige.  Dans bon nombre de paroisses, les curés s'opposent à la marche comme à une manifestation déplacée. Certains tentent de la supprimer.  Les autorités ecclésiastiques doi­vent intervenir.  On a pu croire à ce moment en la mort prochaine des marches.

Mais elles ont traversé cette épreuve.  Aujourd'hui, les marcheurs d'Entre-Sambre-et-Meuse sont des milliers.  Les costumes profitent d'un nouveau souci d'authenticité.  On crée même des marches et des compagnies nouvelles.

Créée en 1960, l'Association des Marches Folkloriques de l'Entre-Sambre-et-Meuse a pour but de défendre les traditions et d'aider toutes les marches dans leur vie parfois difficile; 38 sociétés de marcheurs y étaient affiliées dès 196l, qui ont leur bulletin tri­mestriel : "Le Marcheur d'Entre-Sambre-et-Meuse'.'

Un monument au marcheur existe depuis l968 (NDLR : à vérifier) près de l'église de la ville basse à Thuin.  C'est une oeuvre de Michel Dusart.

Il est indéniable que touristes et curieux accordent de plus en plus d'intérêt aux marches.

 

 

ENTRE-SAMBRE-ET-MEUSE - LES PETITES MARCHES MILITAIRES

 

Les Marches dont il va être question se caractérisent soit par une particularité du lieu, soit par l'originalité des participants, ou encore par des cérémonies qu'elles suscitent. Parfois un point de l'histoire de la manifestation retiendra l'attention.

 

(*Les "grandes" marches sont décrites sous le toponyme de la loca­lité où elles se déroulent.  Voir notamment Acoz, Aiseau, Chate-let, Chatelineau, Couillet, Cour-sur-Heure, Florennes , Gerpinnes, Ham-sur-Heure, Jumet, Morialmé, Thuin et à Walcourt.)

23:39 Écrit par justitia & veritas dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

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