19.08.2009
Marches militaires
in : Le Marcheur 43, 1972, p.5-9
EXTRAIT DU LIVRE D'OR
DE L'EXPOSITION DE CHARLEROI EN 1911 par Gustave DREZE
Rapporteur général de la Commission de patronage Directeur du Journal « Moniteur des Expostions » à Liège
Les Marches militaires
Le tournoi des Marches militaires fut certainement la fête la plus originale et la plus pittoresque réalisée à l'exposition. Magnifiant de valeureuses traditions locales, intéressante par les costumes originaux des sociétés qui y participaient, elle offrait un intérêt très vif d'archaïsme savoureux. Elle eut lieu le 1er octobre 1911 et fut organisée par un comité composé de MM. Ph. Passelecq, président d'honneur ; Ed. Du-quenne, président ; Ed. de Ponthière ; L. Foulon et Ed. Laver-ne, secrétaires,
Ce succès, au reste, n'a rien de surprenant, si l'on tient compte de la grande popularité dont jouissent les marches dans toute l'Entre-Sambre-et-Meuse. Toutefois, si rares sont les personnes de la région qui n'ont jamais assisté ou même participé aux marches, l'étranger les ignore à peu près, et leur origine, leur caractère et leur organisation sont peu connus même des gens du pays.
Dans une étude intéressante parue en 1911 (1), M. Jules Van-dereuse donne à leur sujet les renseignements les plus complets.
L'idée de ces escortes armées, dit-il, remonte incontestablement à des temps reculés. Ce qui leur a donné naissance, c'est le but de protection indispensable des processions aux époques troublées. La foule des fidèles craignait de voir les bandits de grands chemins attaquer les processions pour s'emparer des riches trésors des églises, des reliquaires précieux, des superbes bannières qui défilaient sous leurs yeux ou pour dévaliser les riches bourgeois qui suivaient dévotement les pèlerinages. Ces marches furent d'une utilité incontestable au Moyen-Age. Elles rendirent même de très réels services jusqu'au commencement
(1) Imprimerie Hallet, Charleroi - Les Marches de l'Entre-Sambre-et-Meuse, par Jules Vandereuse.
(p.6) du XVIIIe siècle. Mais, depuis lors, leur caractère a quelque peu changé. Elles ne sont plus maintenant, comme le dit l'auteur déjà cité, envisagées que comme une source de profit pour le commerce local et il est presque de règle que les « Compagnies » ne se rendent plus dans les villages étrangers qu'à titre de réciprocité.
Le recrutement des officiers a gardé toute sa saveur archaïque. A Gerpinnes, à Fosses, à Acoz, les aspirants à ces fonctions brisent à leurs pieds, en guise d'engagement, le verre qu'ils ont préalablement vidé d'un seul trait. Dans les autres communes, les places sont mises aux enchères et adjugées aux plus offrants. Si l'on ajoute à ces frais, la location du costume, qui va généralement de 15 à 20 fr. et les nombreuses tournées que les gradés doivent offrir à leurs hommes, on constatera que le plaisir d'occuper cette haute situation momentanée est coûteux.
Habituellement, les « Marcheurs » revêtent d'antiques défroques militaires qu'ils prennent en location. Les costumes de zouaves, grenadiers, sapeurs, voltigeurs du premier Empire voisinent avec ceux plus modernes de Guides, de lanciers, de marins ou même comme à Jumet, avec ceux plus anciens de mousquetaires.
Certains marcheurs, notamment ceux d'Anderlues ou de Thuin, se font confectionner un uniforme militaire qui leur appartient en propre et qui leur sert jusqu'à usure complète. Pour corser encore le côté pittoresque, les marches sont escortées de tambours ou de fifres. M. Victor Berteaux, de Thy-le-Château, a bien voulu noter plusieurs airs de fifres caractéristiques (2).
M. L. Bayet, récemment décédé, prétend que ces airs ont été autrefois notés et soumis à un illustre musicologue qui n'a pas hésité à les rapporter aux marches qu'exécutaient les anciennes bandes wallonnes.
Les Marches, dit également Vandereuse, qui n'ont rien de belliqueux, quoique la poudre se fasse entendre de temps en temps, sont composées de gens de tous les âges parmi lesquels on remarque parfois, à côté de vieillards décrépits, des bambins (p.7) de cinq à six ans déjà costumés. On voit entre leurs mains des armes à peu près contemporaines de l’invention de la poudre : fusils à poudre, à capsules, à aiguilles, mousquetons voire parfois des tromblons que le peuple dénomme des huleaux.
(2) J. Vandereuse : Le Pèlerinage à Notre-Dame de Walcourt - Wallonia - juin
1909, pp. 107 et suiv. 6
Le commandement de la charge est encore celui en six temps, à moins que ce ne soit celui d’un vieux major de Gerpinnnes, commandement que l’on trouvera ci-dessous :
Vous Cola avè vo drapia
Tournèz-vous du costè du tchèstia
Et vous mès sôdârts
Tournèz-vous du costè dè l’ bawète (fenêtre)
Mètèz vo dwèt su l’ disclitchète
Et n’ tirèz nén si dj’ i n’ vos l’ di
Attention ! … joue ! … feu ! …
Certaines compagnies ont, de temps immémorial, le droit d’ouvrir le cortège. C’est ainsi, par exemple, qu’au pèlerinage (p.8) de Walcourt, c'est toujours la milice de Daussois qui prend la tête de la procession. Les gens du pays rappellent même qu'en 1815, la compagnie de Daussois, malgré la déroute qui régnait, avait envoyé pour la représenter un caporal et quatre hommes, en sarrau et porteurs de bâtons en guise de fusils. C'est ce qui a donné naissance au dicton qui est encore en vogue de nos jours : « Quatre pelés et un tondu comme les gens de Daussois. » (J. Vandereuse)
Les compagnies sont généralement accompagnées d'une accorde vivandière escortée de galants officiers. Toutefois, à l'heure actuelle, le clergé les tolère rarement dans les processions. Les principales marches qui existent encore sont celles de Walcourt, qui date vraisemblablement du commencement du XIIIe siècle, et de Jumet-Heigne, qui serait de 1380, dit-on. Il faudrait consulter, au sujet de cette dernière, la notice qui lui a été consacrée par M. Fernand Warnon. Gerpinnes a une origine incertaine ; Fosses a célébré en 1907 le 457e anniversaire de sa fondation ; Laneffe fut créé en 1635; Thuin est d'origine récente, 1866 ; Ham-sur-Heure est aussi très ancienne, 1638. Il faut ajouter à ces grandes marches celles moins importantes de Florennes (Saint-Pierre), Thy-le-Château (id.), Morialmé (id.), Biesmerée (id.), Villers-deux-Eglises (id.), Gourdinne (Saint-Walhère), Silenrieux (Sainte-Anne), Acoz (Saint-Roch) et d'autres compagnies qui ne font que participer à la marche d'un village voisin comme Mar-baix, Lobbes, Aiseau, Berzée, Châtelet, etc. Ces dernières mar-ches ont été créées plutôt dans un but commercial. (sic) Châtelet avait autrefois la marche Saint-Eloi.
Habituellement le lendemain de la procession, les compagnies assistent à une messe militaire. Lorsqu'elle est terminée, les soldats se placent sur deux rangs pour laisser passer le curé, ils présentent les armes et lui rendent les honneurs. Ils vont ensuite rendre les honneurs aux autorités communales et à chaque officier, c'est-à-dire qu'ils exécutent une salve en face de leur demeure.
Ces honneurs naturellement, se paient, sous la forme de nombreuses consommations.
(à suivre)
23:18 Écrit par justitia & veritas dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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